Dmitri Chostakovitch – Adagio « Babi Yar » (premier mouvement de la Symphonie No. 13)

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ChostakovitchPar Erick – Audituri Te Salutant!

La 13e et antépénultième symphonie de Chostakovitch pour basse, chœur d’hommes et orchestre (1962) rend hommage aux victimes du massacre de Babi Yar, dont elle porte le sous-titre, et le texte du poète Evgueni Evtouchenko écrit un an auparavant. En 1941, les SS assassinèrent près de 40 000 juifs rassemblés dans ce ravin de la région de Kiev (Ukraine).

Œuvre taxée à plusieurs reprises de formalisme (contre la doctrine du réalisme socialiste), 8e symphonie d’une noirceur qui situe le compositeur du côté des victimes de la guerre, 9e jugée trop superficielle pour fêter la victoire sur l’Allemagne nazie, 10e sous-titrée « Staline » et loin de faire l’éloge du personnage, 14e d’un dépouillement mortuaire… On sait que Dmitri Chostakovitch, resté en URSS contrairement à Stravinsky ou Prokofiev qui ont préféré l’exil, fut une figure d’opposition au régime communiste dont il déplorait l’aspect inhumain. Moins fervent dissident que dénonciateur par la voie artistique, il fut tantôt censuré voire sévèrement inquiété, tantôt utilisé par le régime auquel l’homme soucieux de préserver son intégrité ne pouvait pas tout refuser. Inutile de développer davantage puisque tout ceci est très bien expliqué sur Qobuz, ClassiqueNews, ou encore Dailymotion.

Très noire elle aussi, cette 13e symphonie, étant donné son sujet et son texte (disponible en anglais dans la vidéo ci-dessous), est un nouveau témoignage de  la posture provocatrice de Chostakovitch, en ce qu’elle évoque immanquablement l’antisémitisme d’Etat orchestré par Staline de son vivant. Elle s’inscrit encore dans une période où Chostakovitch tenait à incorporer dans ses compositions des éléments issus de la culture juive (comme il le fit notamment dans ses Trios ou dans ses Chansons Juives). La symphonie, dont la création par Kirill Kondrachine fut un succès, sera très vite victime de la censure, l’œuvre étant jugée trop « juive » par le régime. Pour en savoir plus sur cette symphonie, lisez par exemple cet article de Forces Parallèles (je ne souscris cependant pas à son appréciation finale).

Dans son dossier de ce mois sur la musique russe, le magazine Diapason recommande la version Mariss Jansons/EMI, que je ne connais pas. En revanche, les versions Kondrachine/Melodiya et Haitink/Decca sont d’immenses réussites, la première (qui a ma préférence) faisant déferler une rage inexorable, tandis que la seconde se situe plutôt du côté de l’imploration et de la souffrance. Puisqu’aucune des deux n’est disponible en vidéo, écoutons ce live de Valery Gergiev, autre très grand chef russe, dans une version largement satisfaisante, quoiqu’un peu rapide.

Chef d’œuvre artistique et historique (pour son travail de mémoire), par un compositeur à l’humanisme dont le visage porte la marque.

Et pour terminer, une question : pourquoi Evgeny Mravinsky refusa-t-il de diriger cette 13e Symphonie ? Choix artistique ou politique ? Je n’ai pas la réponse…

  • Wallaby

    c’est juste génial :), ça fait quelques minutes que je surf entre les articles, et c’est vraiment bien fait :),  merci!

    • http://www.facebook.com/profile.php?id=599686267 Goffredo O’Zoo

      Merci beaucoup, ça nous fait très plaisir de recevoir des commentaires encourageants :) 
      N’hésitez pas à nous écrire si vous souhaitez contribuer!

  • blalba95

    merci beaucoup ! j’avais a étudié cette oeuvre et j’ai tout compris grâce a votre article très instructif et enrichissant !