Rencontres – Philippe Fournier

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Philippe FournierEn décembre dernier, lamusiqueclassique.com a assisté à une représentation de Ma Vie avec Mozart d’Eric-Emmanuel Schmitt, qui avait lieu à la salle Gaveau, sous le parrainage du programme Esprit Musique de la Caisse d’Epargne. Avant la représentation, nous avons eu la chance de pouvoir poser quelques questions au chef d’orchestre Philippe Fournier, qui était à la direction ce soir-là, à la tête de l’orchestre symphonique Confluences.

Premier prix du diplôme supérieur de direction d’orchestre de l’Ecole Normale de Musique de Paris en 1984 (école ou enseigna Mady Mesplé, que nous avions rencontrée il y a quelques mois), le chef d’orchestre Philippe Fournier est le fondateur et directeur musical de l’Orchestre Symphonique Lyonnais qui fête ses 26 ans cette année, et pour l’occasion change de nom pour devenir l’Orchestre Symphonique Confluences.

Ecoutez-vous les interprétations d’autres chefs d’orchestre avant de travailler une oeuvre?

Je n’en écoute généralement pas – ou, à quelques exceptions près, beaucoup! De toute façon, on a forcément déjà entendu d’autres interprétations; il y a d’ailleurs toujours une version que l’on préfère, généralement la première que l’on a découverte…

Comment travaillez-vous une nouvelle partition?

Je réalise toujours une analyse en 6 parties:

- analyse musicologique (on replace l’oeuvre dans son contexte culturel, historique)
– analyse thématique (quels thèmes sont présents dans l’oeuvre, de quelle manière sont-ils agencés, évoluent-ils, communiquent-ils…)
– analyse harmonique (analyse des tonalités, enchaînements d’accords…)
– analyse orchestrale (place qu’occupe chaque instrument dans l’oeuvre, travail sur les timbres, les couleurs orchestrales, les techniques instrumentales utilisées, etc…)
– analyse sémantique (travail sur le message de l’œuvre, sa vocation, sa direction sensorielle, sa description, etc…)
– gestuelle: quels gestes vais-je utiliser? (afin d’exprimer la synthèse de toutes mes visions résultantes de mes différentes analyses précédentes.)

Au niveau de la lecture même de la partition, on lit naturellement tous les instruments en même temps, puisque c’est ensemble qu’ils forment le morceau. La lecture est à la fois verticale, et horizontale (lors de la présence de contrepoint, notamment…).

Quelle est la place du chef d’orchestre au coeur de l’orchestre?

Au coeur de l’orchestre, on ressent de nombreuses énergies… Grâce au chef d’orchestre, il se crée une symbiose entre tous les instruments – et en même temps, le chef d’orchestre fait également partie intégrante de cette symbiose… C’est un véritable bonheur collectif.

Ce bonheur que vous évoquez n’est-il pas incompatible avec l’immense concentration qui doit être requise?

Non, les deux choses ne sont pas du tout incompatibles… La vraie concentration dépasse le simple caractère technique: celle-ci doit être oubliée, elle a suffisamment été travaillée auparavant! Ce qui est sublime et qui prend le dessus lors d’une représentation, c’est le rapport humain. La musique n’est qu’un prétexte pour rencontrer l’autre.

A quoi pensez-vous avant de monter sur scène?

Je pense à l’instant présent. Je fais rapidement le tour dans ma tête de qui est dans la salle, et qu’est ce que je viens leur raconter.

A quoi pensez-vous pendant que vous dirigez? / Pensez-vous, même, ou êtes vous carrément dans la sensation?

Cela dépend totalement des moments, du repertoire ou du lieu… et heureusement cela évolue dans une soirée… mais bien entendu, globalement, il faut d’abord penser à ce que l’on doit faire pour diriger l’œuvre. J’ai une partition à jouer avec mes musiciens.

Philippe Fournier est un chef assez éclectique qui explore des horizons musicaux très variés, à l’instar de son spectacle Do You Speak Djembé, auquel vous avez peut-être assisté, puisqu’il s’est tenu entre les 17 et 29 janvier au Casino de Paris.