Frédéric Chopin – Concerto N° 1 en Mi mineur – Premier Mouvement

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Frédéric ChopinPar Henri Y.Q. – Audituri Te Salutant!

« Bach est un astronome qui découvre les plus merveilleuses étoiles, Beethoven se mesure à l’univers. Moi, je ne cherche qu’à exprimer le cœur et l’âme de l’Homme ».

C’est en ces termes – faussement modestes, avouons-le – que Chopin définissait les enjeux de ses compositions. Et il n’a, pour ainsi dire, pas failli à sa tâche d’artiste romantique. Sa volonté à extérioriser des sentiments rugissant du fond de son âme tourmentée trouve une échappatoire dans sa musique aux mille mélodies poignantes qui vous arracheront une larme par leur sainte rutilance. Le morceau suivant s’inscrit dans cette veine, dans la mesure où il a été composé durant une étape particulière de la vie du maestro.

Tout le monde sait que Chopin est né en Pologne (il est d’ailleurs une fierté des Polonais : comment s’appelle l’aéroport de Varsovie, à votre avis ?), sa mère patrie qu’il quitta à l’âge de vingt ans pour s’installer à Vienne et à Paris afin d’y tenter sa chance auprès d’un public plus averti. C’est avant son grand départ d’un pays qu’il ne reverra jamais qu’il composa son concerto pour piano en mi mineur, afin d’extérioriser son infinie tristesse de devoir s’arracher à ses racines.

Jugez plutôt: le premier mouvement ci-dessous (Allegro Maestoso) se fait l’évocateur de sa nostalgie à travers des thèmes lapidaires, qui s’incrusteront au plus profond de votre esprit. Le 1er thème est introduit par l’orchestre, puis développé par le piano à partir de 4 :30. S’ensuit un développement qui débouche sur un second thème (6 :30 environ), moins mélancolique que le premier mais qui inéluctablement conduit à un épanchement lyrique qui trouvera son compte dans le long développement qui suivra quelques secondes plus tard. Ce premier mouvement est assez long (20 minutes, temps d’exécution moyen) : je vous invite à aller jusqu’au bout pour apprécier l’ensemble qui s’avère d’une cohérence infaillible.

Vous remarquez qu’à la différence de Beethoven, Rachmaninov, Tchaïkovski ou tous ces grands noms à l’origine de fameux concertos pour piano, Chopin privilégie davantage le soliste, au détriment d’un orchestre condamné à rester discret et à faire valoir quelques thèmes simplifiés, qui seront développés dans leur plus grande finesse par le piano. Mais, après tout, Chopin reste LE compositeur pianistique par excellence ; il a donc bien le droit de faire porter la primauté sur son instrument de prédilection !

Pour la petite histoire, Chopin a composé 2 concertos pour piano, mais paradoxalement le concerto n°1 a été composé après le n°2 : en effet, lorsqu’il chercha à les publier à Paris, l’éditeur avait refusé le second qu’il trouvait « impossible à exécuter » mais a en revanche adoré le premier.

L’interprétation est ici livrée par Martha Argerich, très grande interprète de Chopin (elle est lauréate du concours Chopin de Varsovie en 1965), accompagnée par son ex époux Charles Dutoit à la direction. Une interprétation très intéressante car nous avons un aperçu de l’excellente technique de Mme Argerich. Vous pourrez ainsi la comparer avec la version de Zimerman (autre lauréat du concours de Varsovie) si vous mettez la main dessus.