Franz Liszt – la Campanella – Étude N°3 d’après Paganini

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Franz LisztPar Sandrine Bourrier – Audituri Te Salutant!

La Campanella , « clochette » en italien, est la troisième des « Six Grandes études de Paganini » composée par Liszt. La mélodie est inspirée du dernier mouvement du Second Concerto pour violon de Paganini, virtuose violoniste italien. Cette oeuvre est l’une des plus complexes de l’histoire du piano. Son exécution exige une grande dextérité et précision. Les difficultés se rencontrant, entre autres, dans la réalisation des trilles avec les doigts les plus faible de la main (4ème et 5ème) et dans celle des intervalles allant jusqu’à deux octaves pour une seule main. A l’exposition, le thème est un peu lent et pauvre. Alors que dès le 2nd thème, le jeu au piano prend vie et parcours le clavier avec une vigueur inouïe; on croit entendre le tintement cristallin des clochettes (tremolos rapides dans les tons aigus). Enfin dans son final, Liszt, par le volume de la résonance du piano, tente d’ égaler l’ampleur de l’orchestre déployée dans le rondo final du concerto de Paganini. Il réussit ainsi à rendre au piano le timbre et la finesse du jeu du violon: les tremolos deviennent si rapides que l’on ne sait plus si l’on entend un piano ou un violon. D’après Liszt, « Dans l’espace de sept octaves, le piano embrasse l’étendue d’un orchestre; et les dix doigts d’un seul home suffisent à rendre les harmonies produites par le concours de cents instruments concertants ». Cette audace résume parfaitement le besoin de repenser la technique et les possibilités du piano qui hantera le compositeur virtuose jusqu’à la fin de sa vie. Sa musique fait encore peur, on le juge trop exhibitionniste, acrobatique ou mal commode pour les pianistes qui n’auraient pas son génie, c’est à dire beaucoup d’entre nous…
Peu de grands interprètes se risquent à programmer du Liszt lors de leurs concerts: ses oeuvres dénotent d’une telle introversion, qu’il est compréhensible que leur ressenti ne puisse avoir le même éclat tant le personnage hongrois de Liszt est complexe et difficile à cerner. La difficulté n’est pas seulement digitale; le chant situé dans la partie médiane passe constamment d’une main à l’autre se partageant entre les deux ce qui contraint le pianiste à une gymnastique mentale assez éprouvante, exigeant une capacité cérébrale particulière.
Liszt s’attache à l’expression de l’âme dans le jeu de ses élèves; c’est pourquoi il leur lisait des odes ou poésies avant de débuter la leçon cherchant à leur faire comprendre par ce moyen l’esprit du morceau auquel il trouvait de l’analogie avec la poésie. Cette citation de Liszt à l’un de ses 1er élève peut contribuer à déceler l’essence de sa complexité:
 » Mon esprit et mes doigts travaillent comme deux damnés: Homère, la Bible, Platon, Locke, Byron, Hugo, Lamartine, Chateaubriand, Beethoven, Bach, Mozart, Hummel, Weber, sont tous à l’entour de moi. Je les étudie, les médite, les dévore avec fureur, de plus je travaille quatre à cinq heuresd’exercices (tierces, sixtes, octaves, trémolos, notes répétées, etc..) Ah pourvu que je ne devienne pasfou, tu retrouveras un artiste en moi. Oui un artiste tel que tu les demande, tel qu’il en faut aujourd’hui.(…) Ma seule ambition de musicien était et serait de lancer mon javelot dans les espaces indéfinis de l’avenir… »

Voici l’interprétation de Yundi Li, réputée comme étant l’une des meilleures:

Et comme si l’exercice n’était pas assez complexe, cet interprète y ajoute juste une petite subtilité: un second piano… époustouflant.

  • http://www.facebook.com/profile.php?id=599686267 Goffredo O’Zoo

    C’est ouf comme c’est beau et complexe. Liszt est un peu effrayant!