Giuseppe Verdi – Nabucco – Va pensiero

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Par Havelock Weatherwax – Audituri Te Salutant!

Après la courte allocution de Ricardo Mutti, probablement le meilleur chef d’orchestre pour la musique italienne, vous entendrez le célébrissime chœur des esclaves, issu de l’Opéra en quatre actes de Verdi « Nabuchodonosor » que tout le monde appelle désormais Nabucco.

On passera assez rapidement sur la trame de l’œuvre, assez improbable : Nabuchodonosor détrôné se converti au Dieu des Juifs pour sauver sa fille. Le livret en revanche, rédigé par le principal librettiste de Verdi, Temistocle Solera fait partie des livrets les moins bêtes de l’Opéra mondial… Ce qui, avouons-le, n’est pas fort compliqué.

Nabucco est l’œuvre qui fait passer Verdi à la postérité. Donné pour la première fois à Milan en 1842, l’opéra rompt avec à peu près toutes les règles de l’époque, à tel point que la réception critique en Europe est extrêmement mauvaise (voire violente, les critiques parisiens disant que l’opéra est « barbare »). De fait, on trouve dans Nabucco ce qui rend l’opéra verdien tout à fait particulier : un usage des chœurs renouvelé, plus puissants, plus directs, plus utilisés. Le chœur chez Verdi acquiert le statut d’un personnage à part entière. Une musique directe, forte, parfois brutale, qui va avec des trames reposant le plus souvent sur une articulation société / individu.

Loin des conventions du bel canto, aussi bien narratives que musicales, Verdi offre une musique qui est en partie le résultat d’une jeunesse humble, passée dans l’auberge familiale. Il y a presque toujours, dans le chœur verdien, les échos des beuveries romagnoles…

Revenons à la vidéo : en mars dernier se tenaient les festivités compliquées, complexes, douloureuses de l’unité italienne. L’occasion peut être de constater que la culture, la musique, et, entre tous les genres, l’Opéra, sont/étaient indissociables de la vie de la cité, i.e. de la politique.

Verdi est, de ce point de vue, un paroxysme : Il est, le compositeur du Risorgimento, de l’unité Italienne. Quand, en 1859, on crie « Viva VERDI ! » Tous les soirs à Rome, après « Un ballo di Maschera » c’est à la fois pour acclamer le maître, mais aussi pour crier son patriotisme : Vittorio Emmanuelle Re D’Italia ». A la fin de sa vie (1901), Verdi est tellement adulé de tous en Italie, que sa rue est recouverte de paille, de façon à ce que les carrosses fassent autant de bruit que possible. A partir de Rigoletto – considéré aujourd’hui comme le premier de ses chefs-d’œuvres et dont le « Times » disait à l’époque que l’Opéra était la pièce la plus faible du maître – il ne répète plus qu’a huis clos. En effet, « la Donna é Mobile » est fredonnée dans Rome avant même la première, preuve que l’opéra est bien, au XIXème, l’art populaire par excellence. Nabucco, entre tous ses opéras, est le plus politique : il parle d’une Italie sous domination étrangère, qui n’aspire qu’à la liberté. D’où son succès, d’où le fait que le chœur des esclaves soit toujours bissé, partout en Italie, qu’il n’a manqué d’être choisi comme hymne national que parce qu’il parlait d’un peuple en esclavage.

Petite conclusion toute personnelle : Verdi, Shakespeare, Molière, Haendel, Sophocle nous ont montré ce qu’est l’art, le vrai. Ils ont fait naître la beauté à la Cour comme à la ville. Ils ont été aimés et ont écrit sans distinction de rang ou de richesse. Ils ont eu, en leur temps, une œuvre politique, qui cependant reste éternelle parce qu’elle parle de ce qui est universel, intemporel en nous : l’art n’est pas affaire de distinction ou de critique, de technique ou de position sociale, il est affaire de trippes, de beauté, de laideur, d’intensité, bref, d’humanité. C’est ce qui fait que 170 ans plus tard, le chœur des esclaves est toujours le morceau qu’il faut choisir en Italie pour dénoncer la médiocrité au pouvoir.

  • http://www.facebook.com/Silvere.Mt Sil Vere

    A noter que si Ricardo Mutti avait deja accede une fois (et une seule) a la demande de son public et avait donne un bis lors dune representation a l;a Scala, c’etait bien la premiere fois qu’il faisait chanter lénsemble de la salle….
    Quand on pense que, si mes sources sont bonnes, Berlusconi etait dans la salle….

    • Havelock

      Nope, Berlusconi n’était pas dans la salle. Il y était la veille, mais pas lors de cette représentation. A noter que Mutti est connu pour être une diva culturelle loin de ce genre de considération…