Frédéric Chopin–Etude Op.10 N° 12, dite Révolutionnaire

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Frédéric ChopinPar Silvère Mantz – Audituri Te Salutant!

Encore un morceau de Chopin (1810-1849), direz-vous. Et archi-connu, qui plus-est !

Certes. Mais comme un bon roman, découvrons une nouvelle fois tout l’intérêt musical mais surtout historique de ce terrible morceau, plein de violence et de rage.

Chopin le compose en 1831, comme la dernière des Douze Grandes Etudes qu’il dédia à son ami Franz Liszt, compositeur hongrois (et non polonais comme Chopin).

Si cette œuvre contient tant de force et de signification historique, c’est qu’elle voit le jour au lendemain de l’échec, en novembre 1831, de la révolution polonaise contre l’envahisseur russe, à l’aube d’un XIXe siècle tragique pour la Pologne qui sera écartelée, passant successivement aux mains russes, prussiennes puis allemandes, et autrichiennes.

C’est ce désespoir, ce sentiment de déréliction et d’impuissance que Chopin, qui n’avait pas pu participer au combat car son état de santé ne lui permettait pas, traduit dans ce solo pour piano d’une agressivité rare.

La descente d’entame résonne comme le grondement sourd des bombes s’abattant sur la Pologne, relevées d’explosions aigues, dans un vacarme poignant. L’alternance de ce fond chaotique et sombre avec des cris de détresse et le bruit des balles qui fusent dessinent le tableau d’un drame absolu, dont Chopin a particulièrement pâti. Il avoua notamment « Tout ceci me fit tant souffrir. Qui aurait pu le prévoir ? »

La musique qui vient figurer la guerre et les massacres n’est pas un procédé rare. On peut par exemple mettre ce morceau en perspective avec une oeuvre moderne relativement polémique, du grand Jimi. Il prouve à son tour que les artistes torturés n’hésitent pas à mettre la musique au service de leurs émotions, de leurs colères, de leur souffrance.

Jimi Hendrix à Woodstock, pour sa célèbre destruction de l’hymne américain Star Spangled Banner, et sa guitare pleurant les massacres du Vietnam, où résonnent les bombardements et l’horreur du napalm se répandant sur cette terre lointaine, honte absolue pour l’Amérique. On y retrouve le même jeu de résonnance entre les graves assourdissantes, destructrices et les aigues sifflantes, hurlantes, pleurantes : (manifeste notamment à partir de la 45e seconde).

L’étude Op.10 N°12 est ici interprétée par le grand pianiste Vladimir Horowitz.